Aider les autres pour réparer son passé : comprendre ce mécanisme
Il arrive parfois que nous donnions beaucoup aux autres sans vraiment savoir ce qui nous pousse à le faire.
Dans certaines relations, le besoin d’aider, de comprendre, de soutenir ou même de sauver peut prendre une place importante.
Derrière ce besoin, il peut y avoir une histoire personnelle. Une histoire dans laquelle quelque chose nous a manqué.
De l’amour, de l’attention, de la reconnaissance, de la sécurité…
Alors, inconsciemment, nous pouvons chercher à travers les autres ce que nous n’avons pas réussi à obtenir ou à réparer dans notre propre histoire.
Quand aider devient un besoin
Aider les autres est bien sûr une belle qualité.
Nous pouvons avoir naturellement envie d’écouter, de soutenir ou d’accompagner une personne qui traverse une période difficile.
Mais parfois, aider devient davantage qu’un choix.
Certaines personnes ont beaucoup de mal à dire non. Elles se rendent disponibles, cherchent des solutions, portent les difficultés des autres et peuvent avoir le sentiment qu’elles doivent être là, quoi qu’il arrive.
D’autres cherchent constamment à comprendre ce que l’autre ressent, pourquoi il s’éloigne ou comment faire pour que la relation fonctionne.
Sans en avoir conscience, elles peuvent alors reproduire quelque chose de leur histoire.
Comprendre devient une façon de se rassurer.
Aider devient une façon de se sentir utile.
Être indispensable peut devenir une façon de se sentir aimé.
Ce que nous rejouons parfois dans nos relations
Certaines personnes ont longtemps cherché à comprendre un parent qui les a blessées, rejetées ou qui n’a pas su répondre à leurs besoins.
Elles ont peut-être appris très tôt à observer les émotions de l’autre, à anticiper ses réactions ou à s’adapter pour maintenir le lien.
Plus tard, elles peuvent continuer à fonctionner de cette manière dans leurs relations.
Elles peuvent beaucoup donner, parfois jusqu’à l’épuisement, sans toujours se demander ce dont elles ont réellement besoin.
Et lorsque l’autre ne change pas, ne nous choisit pas ou ne répond pas à nos attentes, une ancienne blessure peut se réveiller.
Comme si, une fois encore, nous n’avions pas réussi à être suffisamment aimé, compris ou reconnu.
Nous ne pouvons pas réparer notre passé à travers les autres
Pourtant, nous ne pouvons pas réparer notre passé à travers les autres.
Nous pouvons les aider, les accompagner, les aimer.
Mais nous ne pouvons pas changer ce qui a été vécu autrefois.
Une relation actuelle ne peut pas, à elle seule, réparer exactement ce qui nous a manqué dans notre enfance.
Prendre conscience de ce mécanisme ne signifie pas qu’il faut cesser d’aider.
Il s’agit plutôt de retrouver une liberté dans notre façon de donner.
Et si je donnais simplement parce que j’en ai envie ?
Cette prise de conscience permet alors de faire une distinction essentielle :
Est-ce que je donne parce que j’en ai réellement envie, ou parce qu’une partie de moi espère encore réparer quelque chose ?
Est-ce que je suis disponible parce que je le souhaite, ou parce que j’ai peur de décevoir ?
Est-ce que j’aide parce que cela correspond à mes valeurs, ou parce que j’ai besoin qu’on ait besoin de moi ?
Ces questions peuvent être inconfortables.
Elles ne sont pas là pour juger notre façon d’aimer ou de donner.
Elles permettent simplement de remettre de la conscience là où nous fonctionnions peut-être automatiquement.
Avec le temps, il devient possible d’aider sans se sacrifier, d’écouter sans porter, d’aimer sans chercher à être indispensable.
Nous pouvons aider sans nous perdre, aimer sans nous oublier.
Donner sans attendre inconsciemment une réparation en retour.
Et peut-être découvrir que ce que nous cherchions à réparer à travers les autres demande avant tout à être accueilli et reconnu en nous-mêmes.
C’est alors un autre chemin qui peut commencer : celui d’une relation différente aux autres… et surtout, d’une relation différente à soi-même.